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Ici découvrez la véritable histoire de la création du monde.
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Sinto Chibalo
A la première bouffée d’air de l’univers, Baro Devel (Dieu pour les gitans) était assisté de Sinto Chibalo,
dont le nom signifie « Celui qui écrit et trace le temps ».
Seul Baro Devel savait d’où venait Sinto Chibalo.C’était un secret divin mais on apprit de la bouche même du Dieu,
qu’il lui avait donné la Beauté, la Force et la Sagesse.
Du haut des saintes montagnes, Baro Devel et Sinto contemplaient la Terre et les veines qui irriguaient les plaines
immenses et les étendues boisées.
Baro Devel dit à Sinto Chibalo :
« De ton prénom tu traceras le récit et de ton nom tu seras porteur des nouvelles et des anecdotes de la vie. Tu les inscriras
sur tes tablettes et tu les décriras à travers le temps. Car je te fais Immortel. De ta voix sortira la Connaissance de ceux
qui seront issus de ce fleuve et qui s’en iront de par le monde comme l’eau qui coule inlassablement dans une éternelle errance.»
Baro Devel créa alors Sept cieux au-dessus de la Terre, puis la Lumière et les nuages qui adoucissent l’éclat du soleil.
Enfin il souffla très fort et créa le Vent, mais de son souffle puissant, il dérangea quelque chose dans l’ordre du monde et
d’un des cieux se détacha un éclair violent qui tomba sur la Terre dans un grand fracas. Une boule incandescente se mit
à rouler sur le sol.
Lorsqu’au bout d’un moment elle s’immobilisa, un petit homme portant sur la tête un drôle de bonnet rouge en sortit.
Il était revêtu d’un habit écarlate d’où sortait au bas du dos une queue fourchue. A cet instant les débris de la boule
enflammèrent la campagne et bientôt tout ne fut plus que désolation autour d’elle.
Baro Devel regarda avec tristesse ce que ce petit homme rouge avait fait, mais ce dernier se
moqua de Baro Devel d’une voix étrange et cassée. C’était le Bing (Diable) celui qui représentait le mal et qui était la
négation même du créateur.
Baro Devel dit à Sinto :
«Regarde cet être de malheur, ne le suis jamais, ne l’écoute pas. Laisse-le baver son souffre. Plus tard, tu diras
aux hommes de ne pas le déranger et de le laisser faire ses grimaces. Qu’ils l’ignorent et qu’il vocifère seul dans le
vide. Il représente la tentation se déguisant sous le masque de la beauté. Tous les malheurs du monde seront causés par
le Bing.»
Sinto promit à Baro Devel de transmettre ses volontés à travers l’espace et pendant tous les temps, puis il regarda disparaître
le Bing se donnant des airs de saint mais conservant cependant sa queue fourchue au bas de son dos.
Pendant quelques temps, le Bing se terra à l’autre bout du monde.
Baro Devel continua à créer la vie.
Tout d’abord les cinq éléments : l’air, le feu, l’eau, la terre et le brouillard qui empêche les hommes de se diriger.
Sinto regarda les fleuves se créer, l’eau remplissant les mille veines de la Terre, et tous les gouffres existant, faisant
des étangs, des lacs, des mers et des océans. Dans les premières gouttes d’eau provenant de la neige recouvrant le toit
du monde où sont réunies toutes les plus hautes montagnes, se reflétaient les Sept cieux donnant Sept couleurs différentes
au monde. Ces jeux de lumière ressemblaient aux fruits des arbres que Baro Devel accrocha aux branches.
Puis il suspendit dans les cieux, de-ci, de-là, des bougies, deslustres et des astres, pour qu’on puisse voir, même lorsque la
nuit est venue.
Sinto Chibalo remercia Baro Devel d’un grand « naïs » (merci) pour la beauté qu’il créait et inscrivit dans sa tête
tous les faits et gestes du créateur.
Pendant ce temps Baro Devel continua à travailler la terre et la pierre et de sa grande vakanala « louche » il remplit
d’eau tous les trous que les fleuves n’avaient pas atteints. Puis une fois l’oeuvre finie, il prit Sinto par l’épaule lui faisant
voir en tournant sur eux-mêmes toute l’étendue de sa création. Il lui dit alors : « O païl » ! c’est-à-dire : « Ceci est la Vie »
Nativité du Rom et de la Romni
Baro Devel voulut alors créer l’être humain dans l’univers qui existait déjà. Il prit un peu de terre, un peu de lichen et
quelques poignées d’herbes puis il se mit à modeler deux boulettes de ce mélange. Il déposa celles-ci dans le creux de la kalkavi
(chaudron), alluma le feu et fit cuire les boulettes, après quoi il partit contempler sa création : la Terre, le ciel, les mers,
les fleuves, écoutant les oiseaux chanter sur les branches des arbres. Il flâna, rêva et oublia les boulettes de terre dans la
kalium.
Soudain, il repensa à ce qu’il avait entrepris et se hâta de retirer les boulettes, mais celles-ci étaient toutes noires. Il
remodela à nouveau un homme et une femme et resta assis près du chaudron, malgré l’harmonie du chant des oiseaux et
les parfums de la nature. Pressé de retourner contempler son chef-d’oeuvre, il retira un peu vite les deux boulettes. Celles-ci
étaient toutes blanches. Baro Devel les regarda mais ce n était pas ce qu’il voulait encore.
Il façonna à nouveau deux autres boulettes et resta, attentif, près de la kalkavi. Lorsqu’il jugea la
cuisson à point, il retira les deux boulettes. Celles-ci étaient dorées, parfaites. Le premier couple gitan était créé.
Baro Devel regarda un instant ses enfants, souffla doucement sur eux et à ce moment là, les Fils-du-Vent se mirent en marche...
Alors, pour eux, il créa le Paradis, le Jardin des délices. Un grand tapis de mousse recouvrait le sol tandis que le ciel, venant
jusqu’à terre, entourant leurs corps nus, protégeait les arbres se trouvant autour d’eux. Leurs fruits étaient mûrs et le couple
n’avaient qu’à tendre la main pour les cueillir. La vigne comme une main caressait de ses grappes les lèvres du couple dont la
seule occupation était de s’aimer tandis que la rosée, en mille éclats de diamant, faisait briller la peau dorée de leurs corps.
Le Rom admirait les deux beaux fruits gonflés de sa Romni et il était heureux. Aucun oeil indiscret ne pouvait déceler leur présence
dans ce jardin, où tout n’était qu’Amour et Beauté.
Au bout de trois mois, la femme sentit son ventre s’enfler tandis que grandissait de plus en plus sa gourmandise. Mais les
fruits les plus proches lui paraissaient laids et elle leva la tête pour regarder plus loin et plus haut. Elle s’aperçut alors que les
fruits qu’elle ne pouvait atteindre étaient plus mûrs, plus beaux et plus désirables que ceux qu’elle cueillait d’habitude. A cet
instant, le ciel se leva au-dessus de sa tête.
Très vite, après les avoir mangés, les nouveaux fruits lui parurent laids et fades, et à nouveau la Romni s’assit pour en choisir
d’autres, un peu plus loin. Ils lui parurent les meilleurs. Aussitôt, le ciel monta un peu plus haut.
Il se trouvait maintenant à plus d’un mètre du sol. Le Rom cueillait des feuilles des
arbres et en parait sa compagne dont le ventre s’arrondissait de jour en jour tandis que les pétales des fleurs se répandaient sur
sa longue chevelure. La Romni était très belle mais avait toujours aussi faim aussi se leva-t-elle de toute sa hauteur pour
attraper des fruits encore plus éloignés que les précédentes.
A ce moment, dans un grand fracas, le ciel monta si haut qu’il ne protégea plus le couple. A l’horizon apparurent des
plaines, des montagnes, des rivières et des mers, ces dernières étaient désormais les seules à posséder le ciel. Baro Devel avait
créé le bonheur, l’amour et le plaisir, mais la Romni n’avait rien compris, elle était comme le poulet à deux têtes voulant
partir dans deux directions différentes. Comme les outils sont à portée de la main pour créer l’objet parfait, ainsi le merveilleux
est-il souvent si proche de nous qu’on le touche sans le savoir.
Et depuis, Roms et Romni furent condamnés à parcourir le monde à la recherche de leur nourriture. Dans le ciel dorénavant
très haut, Baro Devel crée de temps en temps des nuages noirs ou blancs et laisse tomber la pluie sur le sol. Certains
arbres la boivent et de nouveaux fruits apparaissent.
Le début du voyage
Baro Devel dit à l’Homme et à la Femme de se multiplier et ils eurent beaucoup d’enfants. Leur premier fils s’appela
Tubalo. Le Créateur lui donna un don : celui de savoir fondre les métaux. A l’oreille il lui avait enseigné le secret de faire des
kalderas (chaudrons), c’est pour celle raison que les descendants de Tubalo s’appellent les Kaldérachs.
C’est Sinto qui activait le feu, il appuyait sur le soufflet et regardait Tubalo mélanger ses métaux et laisser couler dans des
moules d’où sortaient des cruches, des pichets, des outils servant à travailler le bois et la terre.
Tubalo instruisit tous ses descendants et ceux-ci partirent à travers les routes. Lorsque Baro Devel disparut de la Terre,
Sinto suivit Tubalo à travers le Sind et l’Indus servant de son mieux la créature de Baro Devel. En cours de route,
ils rencontrèrent des êtres ayant à coup sûr touché le dos du Bing, car ils étaient laids, méchants, cruels, persécutaient les femmes et
les enfants, tuaient leurs ennemis en les frappant dans le dos. Sinto nomma les hommes pourchassés par ces suppôts du
Diable, les Roms, et il leur conseilla de fuir cet endroit infesté par le Bing.
Ils s’en allèrent plus loin et se séparèrent en quatre groupes, les uns retournant vers le Sud, le Sind, d’autres vers l’ouest à
l’endroit où le soleil se couche, d’autres à l’est comme « escropa », le trou, où se lève le disque blanc « Parnon ».
D’autres enfin vers le Nord, comme Naiss : à l’endroit où la lumière reste toujours égale. Ils partirent sans se retourner,
craignant de regarder le Bing.
Et Sinto comprit pourquoi il était Chibalo « l’écrivain », car le point où il était se prénommait Géo « Terre », et c’était de
lui que partaient les quatre directions : le Nord, l’Ouest, le Sud et l’Est. Les quatre horizons. C’était le symbole pour écrire
l’histoire. La clé de la Gnose.
Il expliqua tout ceci aux voyageurs avant qu’ils ne partent,et Tubalo regarda Sinto. Il souriait car il comprenait les pensées
du Chibalo.
La vie errante commença, mais Baro Devel dans sa grande bonté avait tout prévu car des poissons habitaient l’eau et des
animaux vivaient dans les plaines et les forêts. Certains avaient dû avoir des contacts avec le Bing, car ils étaient cruels et sournoiset l’homme devait s’en méfier.
La grande famille de Tubalo se séparait de plus en plus cherchant toujours plus loin un havre de paix.
Tubalo dit à tous ses descendants :
« Vivez en paix aujourd’hui » et il leur confia le mot de tous les symboles : « O Fetchaumé ».
Les kaldérachs partirent les premiers et Sinto leur indiqua la direction de l’Ouest en leur disant.
Ajouké samané côssé, ce qui voulait dire : « Vous nous attendrez là-bas ».
Les animaux suivirent les hommes, car les bêtes aussi craignaient le Bing. En remerciement, certains leur donnèrent leur
lait, leurs œufs et leur miel tandis que d’autres les portèrent avec leurs fardeaux.
Lilyi (Lilith)
Lorsque Baro Devel créa la quatrième boulette, il ne mélangea pas assez la terre et de la même pâte, il créa à la fois Caïn
et Lilyi. Caïn ne put féconder Lilyi, mais pourtant certains voyageurs pensent qu’ils sont les descendants de cette union et
qu’ils ne furent pas entaché du péché originel car « ils étaient déjà vieux quand les hommes sont nés. Ce sont les dieux qui
leur apprirent à marcher », assurent les tziganes qui ajoutent que c’est la raison pour laquelle ils n’eurent pas besoin de travailler à la sueur de leur front attachés à leur terre mais que, depuis, ils marchent, marchent, marchent...
Lilyi ressemble étrangement à la sorcière Abanina. Dans la tradition juive, on raconte aussi que Lilith fut la première femme
du premier homme et qu’ils furent tirés tous les deux du même limon. C’est pour cette raison que les juifs pensent
qu’elle ne fut pas féconde. Ils disent qu’elle est la mère des démons.
Les Kaldérachs, les fondeurs, assurent que cela est vrai et le répètent à leurs enfants, qui le diront eux-mêmes à leurs petits
enfants, afin qu’ils se souviennent. C’est la tradition.
Pour les tziganes, Lilyi est le démon femelle, la reine des démons. Elle est représentée chez les voyageurs comme une
larve dont la queue se termine par une touffe de crin, sa tête sans cou étant surmontée d’un phallus que recouvrent des cheveux
ressemblant à des branches mortes. Elle sent le soufre, le parfum des méchants, et hante les ruines et les déserts.
Elle est la manifestation des forces du Mal, la désolation. Elle est la mère de tous les impurs.
Naturellement, Lilyi est toujours pourchassée par les bons anges.
Le Déluge
Les voyageurs suivirent le Sind et au bout de quelques générations, ils arrivèrent devant une immensité d’eau.
Tout en enseignant Tubalo, Sinto leur fit abattre des arbres et leur montra comment fabriquer des radeaux à l’aide de
lianes. Quand les embarcations furent terminées les hommes qui avaient cueilli des baies et glané les herbes
chargèrent tout sur leurs radeaux. Déjà au loin les cris des barbares habités par l’esprit du Bing se faisaient entendre
et des incendies illuminaient l’horizon détruisant toute la végétation alentour. Depuis leur embarcation, ils pouvaient
distinguer que toute la terre devenait un désert. Seule l’eau continuait à couler éternellement et le Sind narguait le Bing.
Lorsque le Bing arriva au bord de l’eau et vit toutes les embarcations au loin, il entra dans une grande colère et se
mit à gonfler ses joues, soufflant de toutes ses forces vers les radeaux. La mer se souleva, les embarcations montèrent
en haut des vagues, mais par miracle celles-ci restèrent stables et furent seulement poussées plus loin, si bien que
le gnome devenait de plus en plus rouge et que son souffle devenait de plus en plus violent. La terre disparut et les
hommes se trouvèrent entre le ciel et l’eau. Les oiseaux les accompagnaient, certains se reposant de temps en temps
sur les bateaux de fortune et donnant en échange leurs œufs aux enfants. Le Bing était loin et la mer redevint calme.
Le vent apaisé poussait doucement les radeaux. Soudain, les oiseaux s’envolèrent dans de grands cris. Ils
tournoyèrent au-dessus des embarcations et se dirigèrent tout à coup, tous ensemble, dans la même direction. A l’horizon
les hommes virent apparaître une tache blanche et bleue. Ils crièrent : « Terre ».
Tubalo qui suivait les rassura, c’était bien une nouvelle terre. Ils débarquèrent et découvrirent alors d’autres
hommes que Baro Devel avait créés en cet endroit. Ils étaient de couleur différente et vivaient dans des arbres
creusés dans les rochers. Certains d’entre eux avaient la couleur du soleil levant. Ils étaient habillés différemment
suivant leurs groupes.
Le Temple de Salomon
Un homme, vêtu d’une longue robe blanche se mariant avec ses cheveux et sa longue barbe, sortit d’un groupe et vint vers
eux. Bien que ne l’ayant jamais rencontré auparavant, Tubalo reconnut alors Salomon et Salomon qui était aussi très proche
de Baro Devel reconnut Tubalo. Il lui dit dans la langue des sintis : « Michto O Pral », « Sois le bienvenu mon frère ! » Tous
les hommes et les bêtes avaient débarqué et ils s’installèrent sur ce pays plein d’oliviers aux feuilles toujours vertes et au tronc
tortueux. Les femmes s’occupèrent des enfants, les lavèrent et les endormirent.
Salomon dit à Tubalo :
« Baro Devel m’avait dit que tu arriverais prochainement et que le Temple que je lui consacrerai serait ton oeuvre, toi le forgeron.»
Il lui montra un colline et sur celle-ci désigna à Tubalo l’endroit où le temple devrait être construit. De toutes celles de la région, la colline où s’édifierait la Maison de Baro Devel était la mieux située.
Salomon expliqua à Tubalo que toute la construction serait faite en utilisant la proportion dorée (le nombre d’or), qu’il y
avait un sens géométrique à respecter ainsi que des mots sacrés à prononcer pour chaque phase de l’ouvrage. Il lui indiqua
l’horloge du temps avec ses deux solstices.
Les hommes qui étaient venus avec Tubalo se mirent à l’oeuvre. Les poutres tirées des bois de cèdres montèrent dans
le ciel, à partir d’un double carré creusé dans le sol. Sinto, qui dirigeait le chantier salua au passage Salomon et se rendit vers
un autel de pierre où étaient déposés les outils et les planches sur lesquelles étaient tracés les plans du futur Temple. La proportion dorée était la mesure de l’ensemble comme elle est partout la mesure du monde. Tandis que l’on apercevait les
hommes tailler la pierre à flanc de montagne et les femmes tisser les paniers d’osiers devant servir à véhiculer les pierrailles
et le sable, Sinto désigna un tas de minéraux et demanda à certains Roms de construire un immense four afin que Tubalo
commence à fondre.
Salomon monta sur la première pierre du Temple, celle qui resterait enfouie à tout jamais mais qui serait aussi la première
a soutenir l’ensemble de l’édifice. Il prit d’une main un compas, l’ouvrit, puis tendant son bras au ciel mesura l’ouverture
entre l’astre blanc et la terre à l’équerre. Il rapporta cette mesure sur la règle et continua à tracer cette mesure sur les tablettes du plan du Temple.
Pendant ce temps Sinto et ses Kaldérachs préparaient le creuset pour Tubalo, car Salomon avait commandé deux
immenses colonnes d’airain. Plusieurs mois passèrent. Les Kaldérachs travaillaient dans la joie. Tubalo forma alors trois
compagnons et leur donna les mots sacrés puis le secret des nombres. Sans intervenir, Sinto assista à l’initiation des compagnons
que Tubalo éclairait. Il ne fit aucun commentaire.
Les Colonnes du Temple
Lorsque, de même que le Temple, les deux colonnes furent terminées, elles prirent place de chaque côté de l’entrée de la
maison de Baro Devel. Les colonnes étaient creuses et prévues pour contenir, cachés à tout jamais, le Livre Sacré, le tracé du
Temple et ses symboles secrets. D’autre part, une autre ouverture au dos de chacune d’elle, permettait à tous de déposer les
métaux et les objets profanes qui ne devaient jamais pénétrer dans le Temple.
Peu de temps après, les trois compagnons que Tubalo avait initié tuèrent lâchement leur Maître afin de rester les seuls
dépositaires des mystères de l’architecture divine. A l’endroit où Tubalo mourut on planta un mimosa et Tubalo, dans la
mémoire des habitants du pays de Salomon, prit alors le nom de Tubal-Cain.
Tubalo avait une soeur, Abanina la sorcière, que les juifs appelaient Naama. Celle-ci épousa Salomon sur ces vieux
jours et lui donna un fils, Roboam, qui fut le successeur de Salomon. Comme ses ancêtres, il abandonna la loi de son
peuple et s’écarta du bon chemin. Il fut responsable de la destruction du temple de Salomon.
Quelques Kaldérachs montèrent la garde devant la Maison sacrée car personne ne devait approcher du Temple. Une légende
assure que la seule distraction de ces gardiens était de fumer de l’herbe, nommée hasch, c’est pourquoi on les appela bientôt
les haschachims. Leur manière d’interdire aux profanes l’entrée du Temple était d’une telle brutalité que partout chacun
les craignait. On redoutait tant ces « haschichim » que leur descendance tout aussi cruelle fut bientôt assimilée aux assassins.
Les années passèrent, puis les Haschichim se dispersèrent aux quatre vents, en emportant le Livre Sacré. Avant qu’il ne
meurt, Tubalo leur avait enseigné le Patrin, c’est-à-dire la compréhension des signes sacrés de la route, mais aussi du temps
et de l’espace, le « latcho Drom », c’est-à-dire la « bonne route ». Ainsi, tous leurs descendants purent se reconnaître de par le
monde. Les fils du vent suivent toujours ce tracé.
Personne ne sut ce qu’était devenu le Livre Sacré.
Les Kalderach ou « chaudronniers » ne savaient ni lire ni écrire, c’est pourquoi ils se transmirent oralement les secrets de
la trempe et de la fonte des métaux. Actuellement encore ils exercent ce métier et certains d’entre eux sont conseillers en
alliage dans les fonderies et les aciéries. Pour les tziganes, Cain, ou Quayin, veut dire forgeron. Il a été condamné à l’errance
après avoir tué son frère Abel. Fugitif, il rejoint le pays de Nod, le pays des nomades, mais il suit encore les mauvais
chemins. Un des fils de Cain, Hamek prit deux femmes : Ada dont il eut deux fils : Yabalo qui est celui qui vit sous la tente
et son frère Yubalo qui est musicien, celui qui joue de la lyre et du chalumeau. L’autre eut un enfant : Tubalo ou Tu Balo-
Toubal Cain ou encore, Tubal-Cain, ce dernier fut comme son grand-père Adam, l’ancêtre de tous les forgerons.
L’oeuvre était achevée et Sinto repartit accompagné de nombreux kaldérachs. Salomon leur donna alors le nom de la
treizième tribu. Ils se dirigèrent vers le couchant où Baro Devel gagnait son repos. Une nouvelle épreuve les attendait, le
désert, mais chacun poursuivait son chemin croyant pouvoir rattraper la lumière couchante, là où Baro Devel se retirait,
sous le manteau terrestre.
Depuis ce temps personne n’a pu retenir entre ses mains aucune lumière, car la lumière est Baro Devel, et Baro Devel
est le créateur. Il conseilla ainsi Sinto : « Si tu veux me retrouver commence par sortir ».
Sinto donc repartit sachant que Baro Devel suivrait la trace de ses créatures. Au loin, très loin, le Temple se confondait
avec les collines...

